De grâce, soyez progressifs !

Producteurs / productrices, réalisateurs / réalisatrices, caméramens / camérawomans: de grâce, arrétez le supplice de l’entrelacé, soyez progressifs !

Pour vous convaincre par l’exemple, regardez les soucis sur les images de deux projets qui sont passés par chez nous aujourd’hui:

 
A gauche, la vidéo diffusée sur internet (capture d’écran) et à droite, ce qui a servi de source pour l’encodage web, déjà compressé en H264 à partir d’un fichier PAL entrelacé

Image HD 1920×1080, tournage en HDV entrelacé

Ne pensez surtout pas qu’il s’agit de phénomènes exceptionnels: c’est notre quotidien de devoir nous battre avec ce genre de problèmes. Mais là où c’est réellement problématique, c’est que le 90% des problèmes que nous devons résoudre proviennent en droite ligne des artefacts de l’entrelacé.

Petite analyse des problèmes:
- le fait que la source soit entrelacée ne produit pas forcément des problèmes au départ, mais souvent de manière imprévisible à la fin de la chaîne. Le premier exemple en est la preuve: même un encodage H264 qui est lisse peut provoquer des artefacts monstrueux parce qu’un encodeur “s’encouble” sur l’entrelacé cumulé à la forte compression et aux mouvements rapides (cette vidéo est très “shakée”);
- le fait de faire des calculs sur un fichier entrelacé peut faire apparaître les problèmes comme sur l’exemple de la deuxième image. Là aussi, il suffit d’un petit problème non visible sur la source qu’une avalanche d’erreurs successives vienne produire des effets aussi indésirables…

Pourquoi donc reste-t-on avec cet entrelacé qui aujourd’hui nous amène tant de problèmes ? Vaste question, qu’il faut poser à Sony et tous les autres constructeurs qui sont derrière les formats 1920×1080 ou 720×576 @ 50i (i = un signal entrelacé).
Un petit rappel sur les avantages et inconvénients de l’entrelacé et du progressif.

- Avantages du mode entrelacé : rendu des mouvements plus « ample » pour les uns (ou chewing-gum pour les autres), compatibilité avec les écrans tubes (qui ne restituent qu’un signal entrelacé contrairement aux écrans plats qui ne fonctionne qu’avec des images “pleines”, progressives donc), compatibilité « historique » avec le signal PAL et NTSC pour une télédiffusion hertzienne analogique.

- Inconvénients du mode entrelacé : peut provoquer de sérieux problèmes lors de la compression (voir exemples…), cumulé à un shutter speed (vitesse d’obturation) qui n’est pas au 50ième de seconde il y a de forts risques d’artefacts après nouvel encodage ; passe souvent mal sur des écrans plats et sur des projecteurs vidéo (effet de peigne); plus compliqué à calculer et peut prendre plus de place de stockage que le progressif; peut provoquer du scintillement et du flicker lors d’une «downconversion» (HD vers SD). En résumé, l’entrelacé venant du monde de la vidéo est très peu soluble avec l’informatique, qui, comme on ne peut que le constater aujourd’hui, est incontournable et omniprésente. Le “vrai” signal vidéo va bientôt appartenir au passé…

- Avantages du mode progressif : meilleur rendu de mouvements (plus nets), meilleure stabilité sur toute la chaîne de production et de postproduction (s’encode et se décode bien plus facilement, se calcule plus rapidement), meilleure résolution verticale (sur une image fixe), rendu plus cinéma (appréciation subjective), meilleure compatibilité avec toutes les techniques de diffusion actuelles (moniteur ou projecteur LCD, projecteur DLP etc), prend moins de place qu’un signal entrelacé.

- Inconvénients du mode progressif : peut paraître saccadé sur un moniteur tube (dépend de la caméra et des réglages), on peut ne pas aimer le “rendu cinéma”.

Aujourd’hui, à part si la destination unique est le diffusion du film à la télévision en passant par une cassette PAD, il n’y a AUCUN intérêt et que des désavantages de tourner en entrelacé.
Malheureusement il apparaît que les “bons” vieux réflexes ont la peau dure… La plupart du temps, les personnes qui fabriquent les images ne voient que ce qui sort de la caméra ou ce qui est monté en “natif” et la sortie finale: autant la qualité de départ peut sembler parfaite sur le moniteur de visionnement, autant le chemin pour arriver à garder un tant soit peu de qualité pour les diverses sorties (DVD, internet, cassette PAD) est compliqué et semé d’embûches.
Sans compter les artefacts plus ou moins gênants comme ceux présentés ci dessus, le fait de devoir faire une compression DVD qui tienne la route à partir d’un film tourné en HD au mode entrelacé est une aventure à chaque fois différente: il faut combattre les scintillements (ennemi n°1), il faut vérifier s’il n’y a pas des erreurs de compressions sur la source et sur les exports et compressions multiples (ennemi n°2); il faut veiller à ne pas produire un effet “d’inversion de trame” (ennemi n°3); bref, il faut cultiver une parano qui n’est pas très saine et absolument pas désirable.

Donc, SVP, producteurs / productrices, réalisateurs / réalisatrices, caméramens / camérawomans: de grâce, arrétez le supplice de l’entrelacé, devenez progressifs !

Dans une mailing list, ces mots qui résument la même chose:

On 1 September 2011 23:41, Philip Hodgetts wrote:

> Interlace is an artifact of a compression technology who’s time is
over.

On Sep 1, 2011, at 6:44 PM, David Ross wrote:

> I really wish that were true.

I say:

Perhaps it would be more succinct to say that interlace should be put
out of its misery because in many ways, it’s holding us back.
Unfortunately, it lives on and will do so for many years to come.

Dennis Degan, Video Editor-Consultant-Knowledge Bank
NBC Today Show, New York

Un autre commentaire de Philip Hodgetts sur son blog:

Interlace is the spawn of the devil, an artifact of poor bandwidth in the 1940′s and something that is now a real problem for displays that are all universally progressive. In the consumer market there are now very few interlaced displays, except 5+ year old SD TVs.

Broadcasters are not obliged to broadcast interlace (they have progressive choices) and interlace is a total pain to encode: 1080i will always look worse on a destination screen than 720P even with the reduced resolution of 720.


Comment inverser la vitesse d’un plan, mieux que ne sait le faire FCP

Confronté à ce problème aujourd’hui, j’ai cherché du côté de notre fidèle ami Graeme Nattress, connu pour ces nombreux plug-ins pour FCP et Color, ainsi que comme le codeur de génie derrière le Red Raw, et il se trouve que non seulement il a une solution bien meilleure que le mode “Reverse” proposé pas FCP, mais en plus c’est gratuit. Ça s’appelle “G Reverse” et c’est ça se télécharge ici : http://www.nattress.com/Free/freeFCP.htm

Cordialement,
Damien

2011, quelles perspectives ?

Comme chaque début d’année, on se pose la question de quoi va être faite celle qui vient de démarrer. Les pistes suivantes seront à l’ordre du jour (mais pas chaque jour de l’année):

- Quels outils logiciels utiliser ? Devant le retrait d’Apple face aux ProApps (les logiciels professionnels, ceux qui n’ont pas de petit “i” devant), devant le fait que les gros éditeurs n’écoutent pas les personnes qui travaillent sur le terrain, il est grand temps de reconsidérer quels outils utiliser et à qui donner de l’argent. D’un côté les petits éditeurs avec qui il est possible de travailler main dans la main pour personnaliser et optimiser les outils selon nos besoins (mais avec un coût en temps et en argent qui peut être conséquent) et de l’autre, les solutions “plug and play” à moindre coût des grosses boites. Il n’y aura sans doute pas un chemin unique, mais pour chaque application un choix stratégique devra être fait…
- Quels outils hardware utiliser ? Les pistes esquissées ci dessus ne sont pas directement transposables pour le hardware, mais intimement liées. La aussi, sortir du monopole Apple en direction de solutions plus précises et mieux maitrisables; mais cela va engendrer un coût de formation continue qui risque d’être conséquent !
- Quelle philosophie de travail ? pour être plus précis: comment travailler au jour le jour en essayant d’être le plus efficace et créatif possible ? Très concrètement, cela veut dire optimiser le travail collaboratif depuis le projet sur une machine spécifique jusqu’à sa visibilité publique (sur internet, dans les salles de cinéma etc). Penser réseau, partage de données, archivage, traçabilité, métadonnées, …

Nous allons revenir tout au long de l’année sur ces interrogations, avec j’espère des solutions concrètes et jouables sur le moyen / long terme…!

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